Natalie Malisse — Texte critique pour l’exposition Lisières (2025)
Le photographe belge Philippe Mailleux est de ceux qui arpentent, qui déambulent, qui parcourent, qui sillonnent. Il est de ceux qui ralentissent, qui reviennent sur leurs pas, qui racontent les silences.
Lorsqu’en 2021, l’artiste invite l’autrice Aliénor Debrocq à poser des mots sur ses images, se tisse un étonnant récit à quatre mains. Écriture et photographie, littérature et image fixe s’y rencontrent, se mesurent, dialoguent et parfois se confrontent : « Philippe parcourait les cimetières mais se défendait bien d’y voir la mort, tandis que je ne décelais que ça », dira l’autrice. Lisières, fruit de cette conversation sensible, sera publié la même année aux éditions ONLIT.
Quatre printemps après la publication de cet ouvrage à deux voix, Philippe Mailleux investit les murs des anciennes cryptes du cimetière de Saint-Josse pour déployer ses photographies dans une nouvelle installation et interroger « l’intangible des morts » in situ.
Prises au fil de ses dérives pédestres, les images de Lisières relient les points d’une carte imaginaire, dénuée de légende. Cimetières, forêts, rivages, hangars : tout semble déserté. Comme l’idée même de la mort. Seules les silhouettes-fantômes, dont on devine l’absence, troublent l’apparente quiétude du décor. Dans l’immobilité de ces paysages ne subsistent que les traces étranges d’un passage, d’une présence.
Aliénor Debrocq l’écrit : c’est « la part des anges. Celle qui s’évapore, comme dans le whisky. Celle qui reste aussi ». Ici, là-bas, les indices de « ce qui a été » se cachent aux confins du tiers-paysage, sous les branches de lierre, au pied des herbes enracinées. Leurs secrets bruissent hors-champ. Et leur écho vibre là, sous la poitrine. Car le silence est une trouée d’où s’échappe le tumulte d’autres grands espaces. Ceux de nos paysages intérieurs, érodés par nos luttes, nos solitudes et nos impuissances.
Lisières est une invitation. À prendre son temps. À prendre son pouls. À contempler l’absence et accueillir ce que ses évocations révèlent de nous.
Natalie Malisse, 2025